Un saut de 12 666 km!

Février 2022

Je m’appelle Fadi (en fait c’est mon surnom), j’habite le Cameroun, à Yaoundé, la capitale, mais pas la plus grande ville, qui est Douala. Je n’aime pas particulièrement ma vie ici, trop d’obstacles de toute sorte pour une jeune femme (début de la vingtaine) ici. Je suis musulmane, j’aime pouvoir me réfugier dans une énergie spirituelle, cela aide à endurer les difficultés du quotidien.

Ma famille est dans le nord du pays, j’y retourne que rarement. J’ai de bonnes amies, mais toutes, nous sommes dans des situations précaires et difficiles, surtout quand nos familles ne sont pas particulièrement bien nanties financièrement. Il faut qu’on se débrouille, et comme toutes les jeunes femmes, vivant seules, on est toujours sur nos gardes, le stress est élevé, et le lendemain est toujours incertain. J’ai décidé de secouer le joug de la dépendance, j’ai décidé que je prenais ma vie en main, j’ai décidé que j’avais le droit à construire mon autonomie.

J’ai eu la chance de croiser la route d’un canadien avec qui je m’entends bien, il m’aide comme il le peut, il est devenu un peu « mon papa d’âme », et on échange pas mal sur Messenger. Il est déjà venu plusieurs fois au Cameroun, et connais mon pays. Il comprend ce que je vis, et cela m’aide. J’ai décidé d’émigrer vers le Canada. Je voudrais y travailler, y poursuivre mes études, et y vivre! Au Cameroun, j’ai de bonnes amies, mais je ne me sens pas m’épanouir à mon plein potentiel. Je suis indépendante et je désire construire moi-même ma vie et mon avenir.

J’ai fini mes études niveau « bachelor » comme traductrice, interprète trilingue FAM (français, anglais, mandarin), à vrai dire, le mandarin doit encore être bien plus approfondi! Je réussis bien, je travaille dur aussi… le défi, c’est toujours de trouver l’argent pour les études. Je veux étudier en maîtrise, mais la solution qu’on m’offre est simple « Tu te maries, on va te trouver un mari qui pourra payer tes études »!

Je ne veux pas de cela, je ne suis pas une marchandise à vendre! Cela a fini par me décider, je m’en vais ailleurs, je vais vivre dans un pays qui me permettra de m’offrir une vie différente. J’ai beaucoup échangé avec mon papa d’âme, et j’ai décidé de tenter ma chance pour aller au Canada, après qu’on a eu fait quelques recherches, je vise la Colombie Britannique, là où je pourrai faire une maîtrise et où la demande pour les personnes trilingues FAM semble plus prometteuse. En y pensant, je me sens toute joyeuse et excitée…, mais sincèrement, j’ai aussi la trouille!

Mon papa d’âme canadien (je vais l’appeler papacan dans ce blogue), m’a dit qu’on va raconter un peu mon aventure dans ce blogue Universyn, pour aider celles et ceux qui, comme moi, ont décidé de faire le saut, et d’émigrer vers cette terre de liberté (du moins, c’est ce que tant de gens disent, le Canada). Alors, faisons un peu connaissance.

Pour en arriver à envisager un tel saut, c’est que depuis de nombreuses années, les choses ne tournent pas rond pour nous dans notre pays d’origine. Dans mon cas, cela a commencé alors que j’avais 10 ans. Ce fut la pire journée de ma vie, quand ma mère a été répudiée par mon père. Un soir mon père est rentré ivre et a exigé que ma mère aille présenter des excuses à sa famille. Pourquoi ? Une affaire typiquement camerounaise !

Mon grand-père paternel était chef de village et à son décès a laissé des biens sans testament. Il fallait que cela se règle dans les trois mois suivants le décès (lois de l’Islam) et la sœur de mon père a refusé de diviser la part de ses frères. Ma mère a donc porté plainte contre elle pour que mon père reçoive sa juste part. Mon père n’a pas accepté cette intrusion de ma mère dans les affaires de sa famille. Devant le refus de ma mère d’aller demander pardon, il l’a répudiée. Le lendemain, j’étais brisée, elle était partie.

La famille de mon père ne l’avait jamais vraiment acceptée, elle était issue d’un milieu plus modeste. Une modeste maison de location en piteux état, des fuites dans les toits… Son mari venant d’une famille royale avait donc droit à une part d’héritage… ma mère voulait que justice soit rendue, elle n’a pas eu gain de cause. Elle s’est mis toute la famille à dos. La relation s’est encore envenimée. Mon père a fait face à l’ultimatum de sa famille : « sa famille ou sa femme ». J’adorais ma mère, une femme merveilleuse, j’ai deux sœurs, Nana et Inna, un frère Yaya, elle avait d’un premier mariage dont la seule encore vivante Laîla.

Le lendemain, papa (il avait toute une gueule de bois ! Il devait aller au boulot, et n’avait rien pour nous faire manger), il nous a donc envoyé rejoindre ma mère.

J’étais la plus affectée, mes sœurs trop petites pour comprendre, mon frère indifférent. Mon père nous renvoie chez notre mère (retournée à sa maison familiale). À notre arrivée, maman était au téléphone avec Meryem (sa mère adoptive, femme de ministre). Meryem lui dit de nous renvoyer, car si papa veut ses enfants, il n’avait qu’à ne pas la répudier. Alors, maman nous a chassés de chez elle. Ce fut le deuxième jour le plus triste de ma vie !

Je n’avais pas encore fini d’en voir… avec le recul, mon « saut de 12 666 km » a vraiment commencé à ce moment-là !

(Épisode 2 à suivre)

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